CLT circulaire : du bois de récupération aux panneaux de construction biosourcés
Biosourcé et circulaire
Le bois lamellé-croisé, ou CLT (Cross Laminated Timber), se compose de plusieurs couches de lamelles de bois collées perpendiculairement les unes aux autres pour former des panneaux massifs. Ce matériau est notamment utilisé pour les murs porteurs et les planchers. Dans le cas du CLT circulaire, également appelé C-CLT, une partie du bois vierge est remplacée par des flux de bois de récupération appropriés, provenant notamment de palettes mises au rebut ou de bâtiments déconstruits. Développé par une filière néerlandaise avec l'accompagnement de l'organisme de recherche TNO, ce matériau associe ces ressources récupérées à du bois d'origine néerlandaise.
Deux principes distincts se rejoignent ainsi. Le bois est biosourcé du fait de son origine biologique ; son caractère circulaire tient à la réutilisation de matériaux existants dans des applications à haute valeur ajoutée. Un panneau biosourcé ne contient donc pas nécessairement de bois de récupération et, inversement, un panneau C-CLT n'est pas forcément constitué exclusivement de bois recyclé. À Delft, par exemple, le bois de récupération est associé à des couches extérieures en frêne néerlandais.
L'objectif est avant tout de préserver la valeur du matériau : garantir l'utilisabilité du bois massif dans le circuit de la construction aussi longtemps que possible. Cela ne signifie pas pour autant que chaque vieille palette doive être transformée en CLT. La réparation et le réemploi direct restent prioritaires lorsqu'ils sont possibles. C'est également l'ordre de priorité appliqué par l'OVAM : d'abord la prévention et le réemploi, puis le recyclage et les applications à haute valeur ajoutée, la valorisation énergétique n'intervenant qu'en dernier recours pour les flux de bois non recyclables.
Du bois de récupération aux panneaux structurels
La fabrication de CLT circulaire ne commence pas par le collage, mais par la constitution d'un approvisionnement adapté. Des pièces de bois usagé très diverses doivent être transformées en une matière première suffisamment homogène et dont la qualité peut être contrôlée. TNO a notamment étudié l'élimination des éléments métalliques et des assemblages collés existants, le classement mécanique du bois et ses performances techniques dans la construction.
Trier avant de transformer
Tout le bois qui aboutit dans une benne n'est pas nécessairement adapté à la fabrication de nouveaux panneaux structurels. Selon les estimations de TNO, environ 20 à 25 % des déchets de bois néerlandais pourraient être réemployés sous forme de bois massif. Il s'agit d'une estimation relative à ce flux de déchets, et non d'un rendement garanti pour chaque lot collecté.
Pour une filière belge, la distinction entre les différentes catégories de déchets de bois constitue un premier point d'attention. L'OVAM distingue les déchets de bois non traités, les déchets de bois traités non contaminés et les déchets de bois traités contaminés. Les planches en bois massif non traité et certains emballages en bois ne constituent pas la même matière première que des menuiseries peintes ou des panneaux collés. Le bois contenant, par exemple, de la peinture au plomb ou certains produits de préservation ne doit pas être réintroduit dans un nouveau cycle de valorisation matière. Par ailleurs, la catégorie de déchets ne permet pas, à elle seule, de déterminer si le bois convient à un usage porteur : des contrôles de qualité supplémentaires sont indispensables.
La déconstruction sélective et la collecte séparée jouent donc un rôle crucial. En isolant les poutres et les planches réutilisables, on préserve davantage de possibilités de valorisation qu'en broyant immédiatement tout le bois. Le projet de recherche belge HOREVAL de Buildwise repose lui aussi sur une séparation rigoureuse des différentes fractions de bois lors de la démolition, en vue de leur réemploi comme éléments structurels dans la construction modulaire.
Retirer les métaux et réévaluer le bois
Les clous, vis et autres éléments métalliques doivent être retirés des pièces sélectionnées. Dans la filière néerlandaise du C-CLT, la détection des métaux fait explicitement partie des opérations préparatoires. TNO a également étudié les moyens d'éliminer les assemblages collés existants en limitant au maximum les pertes de matière. Le retrait des éléments métalliques ne constitue donc qu'une étape de la transformation du bois récupéré en une matière première adaptée.
Il faut ensuite déterminer les performances que le bois restant est encore capable d'offrir. Le fait qu'une pièce ait précédemment servi de planche de palette ou de poutre dans un bâtiment ne garantit pas son aptitude à un usage structurel. TNO a donc étudié les possibilités de classement mécanique du bois de réemploi et du bois d'origine locale. Pour les constructeurs bois, cette distinction est fondamentale : les performances du produit fini doivent reposer sur une chaîne de production et d'évaluation contrôlée, et non sur des suppositions liées à son utilisation initiale.
Aboutage, collage croisé et pressage
Dans la filière néerlandaise, l'entreprise d'économie sociale DZB Leiden prépare le bois de récupération. Wood Joint procède ensuite à l'aboutage des planches par entures multiples, avant leur transformation en panneaux massifs par Boerboom. Cette technique consiste à assembler des pièces de bois plus courtes au moyen de profils dentés complémentaires, encollés puis emboîtés. Les couches de bois sont ensuite collées perpendiculairement les unes aux autres pour former le CLT. Pour passer à une production à plus grande échelle, la filière prévoit l'utilisation d'une presse sous vide adaptée au bois recyclé.
La qualité des assemblages collés mérite autant d'attention que celle du bois lui-même. Le collage et le classement mécanique font d'ailleurs l'objet de recherches distinctes. Un lot de bois de récupération jugé approprié ne constitue donc pas encore un produit structurel prêt à l'emploi. Ce n'est qu'après une transformation, un collage et une évaluation rigoureusement contrôlés qu'on obtient un panneau dont les performances peuvent servir de base aux calculs d'un concepteur.
The Urban Woods Delft
The Urban Woods Delft
The Urban Woods Delft
The Urban Woods Delft
The Urban Woods : une première ciblée à Delft
The Urban Woods, à Delft, est un immeuble résidentiel de dix étages comprenant 102 appartements et deux chambres d'hôtel, livré en 2026. Conçu par Urban Climate Architects, le projet se veut une démonstration de construction résidentielle biosourcée et économe en matériaux. Sa structure porteuse associe des poutres et des poteaux en bois lamellé-collé à des planchers en CLT. Particularité remarquable : le noyau de contreventement et la cage d'ascenseur sont également réalisés en bois, sans noyau traditionnel en béton. Arcadis a participé à la conception structurelle ainsi qu'à l'intégration de différentes exigences, notamment en matière de sécurité incendie et d'acoustique.
L'innovation circulaire ne concerne pas l'ensemble du bâtiment, mais une application bien précise : un mur constitué de panneaux C-CLT fabriqués à partir de poutres récupérées et de bois de palettes mises au rebut. En juin 2024, TNO annonçait la pose des premiers panneaux, présentée comme une première mondiale. Le bois est sélectionné et préparé, puis les planches sont aboutées avant d'être assemblées en couches croisées collées. Les couches extérieures sont réalisées en frêne. Le bois de récupération trouve ainsi une nouvelle application dans un panneau de construction massif, plutôt que d'être transformé en matériau de moindre valeur ou en combustible.
L'intérêt de The Urban Woods réside notamment dans le fait que le C-CLT s'inscrit dans un concept constructif global. Le bâtiment associe une construction bois industrialisée à des cloisons intérieures biosourcées intégrant du lin et des produits à base de fibres de bois. La possibilité d'adapter ou de démonter ultérieurement certains éléments fait également partie de cette démarche circulaire. Le projet ne présente donc pas une tour résidentielle entièrement construite en bois de récupération, mais démontre comment un nouveau flux de matériaux peut s'intégrer dans un système constructif bois plus vaste et soigneusement pensé.
La valeur ajoutée repose ainsi sur l'association du réemploi, de la préfabrication et d'une conception visant à limiter la consommation de matériaux. Cette démonstration ne prouve pas encore que le C-CLT puisse être utilisé dans toutes les applications structurelles sans évaluation complémentaire. Elle montre toutefois que du bois de récupération peut être transformé, grâce à des procédés techniques adaptés, en un produit de construction destiné à un usage clairement défini.
The Urban Woods Delft
The Urban Woods Delft
The Urban Woods Delft
Quelles perspectives pour la construction bois en Belgique ?
La chaîne d'approvisionnement commence sur le chantier
Pour les menuisiers et les constructeurs bois belges, cette innovation ouvre de nouvelles perspectives de valorisation des chutes de bois et des éléments en bois issus de la déconstruction. En collectant séparément les pièces appropriées, ils peuvent contribuer à constituer un approvisionnement destiné à des applications à haute valeur ajoutée. Cela suppose des accords entre les entreprises de démolition, les collecteurs, les transformateurs et les fabricants concernant la qualité du bois accepté. Toutes les entreprises n'ont pas besoin de produire elles-mêmes du C-CLT : des plateformes spécialisées peuvent centraliser et préparer les flux de matériaux. Leur capacité et leur implantation sont importantes, car les volumes collectés doivent être suffisants pour justifier les transports supplémentaires.
Des performances techniques à démontrer
Pour une application porteuse, l'origine du bois doit se traduire par des performances du produit clairement démontrées. Buildwise souligne que le réemploi reste freiné par un cadre normatif encore insuffisamment adapté. Dans le cadre du projet H-Reuse, le centre de connaissances développe une procédure d'évaluation fondée sur les informations disponibles concernant les produits, les contrôles de qualité, des essais adaptés et la maîtrise des risques.
Pour les transformateurs belges, l'enjeu est donc clair : il ne suffit pas de connaître la proportion de bois de récupération contenue dans un panneau. Il faut aussi savoir comment les matériaux ont été sélectionnés, comment leur qualité est contrôlée et pour quelles applications leurs performances ont été justifiées. La démonstration néerlandaise constitue une avancée intéressante, mais elle ne remplace pas l'évaluation technique du produit et du projet de construction concernés.
Pas seulement les structures porteuses
Une autre piste consiste à réemployer des chutes de CLT déjà fabriqué. Cette approche diffère de la fabrication de nouveaux panneaux C-CLT à partir de planches de palettes récupérées. L'entreprise bruxelloise Circular Timber se concentre sur la récupération et la transformation des déchets de CLT, notamment pour la menuiserie, la fabrication de meubles et d'autres applications. Pour les ateliers de menuiserie, cette démarche offre une possibilité plus directe : utiliser des panneaux massifs déjà produits plutôt que développer eux-mêmes un nouveau panneau structurel.
Ces deux approches sont complémentaires. D'une part, le bois massif de récupération présentant les qualités requises peut redevenir une matière première pour la fabrication de panneaux structurels. D'autre part, les panneaux CLT existants et les surplus de production peuvent trouver une seconde utilisation sans devoir être entièrement transformés. Pour la Belgique, les perspectives ne résident donc pas uniquement dans le développement d'un nouveau matériau, mais surtout dans une filière mieux organisée, capable de sélectionner le bois, d'en documenter les caractéristiques et de le valoriser au mieux.
Photos : Urban Climate Architects / The Urban Woods